Socialisme En Allemagne Dissertation Abstract

Voici une proposition de corrigé pour le deuxième sujet de composition d'histoire (série ES-L) portant sur l'Allemagne.

Bonnes vacances à tous!

 


 

I – L’évolution divergente des mouvements de gauche dans deux Allemagne antagonistes (1945 – début des années 1970)


 

1. L’Allemagne et les mouvements ouvriers divisés par la Guerre Froide (1945 – 1949)


 

- Conférences de Yalta et de Potsdam (février et août 1945) : création des 4 zones d’occupation en Allemagne et à Berlin

- Renaissance du SPD et du KPD dans toutes les zones d’occupation (1945)

- Fusion forcée entre le SPD et le KPD dans la zone soviétique : naissance de la SED (Parti Socialiste Unifié d’Allemagne) en avril 1946

- 1ère crise de Berlin (juin 1948- mai 1949)

- Division de l’Allemagne : naissance de la RFA à l’ouest (mai 1949) et de la RDA à l’est (octobre 1949)


 

2. Le communisme d’État en RDA : la dictature de la SED


 

- La RDA se transforme en une "Démocratie Populaire" dont le fonctionnement politique est calqué sur celui de l'URSS : la SED devient le parti unique et son secrétaire général le dirigeant du pays (Walter Ulbricht jusqu'en 1971 puis Erich Honecker).

- La SED met en place une « société socialiste » : suppression de la propriété privée, nationalisation des industries, des banques, des assurances, planification de l'économie...

- Le pouvoir cherche aussi à encadrer totalement la population, en particulier les ouvriers : création d’un syndicat unique (la FDGB, contrôlée par la SED), interdiction de la grève (1961), création de la "Jeunesse Libre Allemande" pour les 14-25 ans (Freie Deutsche Jugend), mise en place d’institutions sociales et culturelles (crèches, soins médicaux gratuits, centres de vacances, bibliothèques...).

- La propagande, la censure et la surveillance (notamment par la Stasi qui emploie plus de 90 000 personnes sans compter les informateurs) sont omniprésentes afin de compléter l’encadrement et l’endoctrinement de la population.

- Dans ce contexte, la contestation prend de multiples formes, de la fuite vers l'ouest aux grèves et aux insurrections (comme en juin 1953 où le mouvement de contestation ouvrier est violemment réprimé par l’Armée Rouge)


 

3. Le mouvement ouvrier en RFA : une opposition croissante au communisme pendant la Guerre Froide.


 

- Dans le contexte de Guerre Froide, le KPD perd rapidement son influence. Il est interdit en 1956 puis de nouveau autorisé en 1968 mais ne constitue plus qu'une force politique très réduite.

- Battu lors des élections au Bundestag de 1949 par la CDU (Konrad Adenauer devient chancelier jusqu'en 1963), le SPD devient officiellement un parti réformiste lors du congrès de Bad Godesberg en 1959 ; il reconnaît ainsi que l'optique révolutionnaire est inadaptée aux réalités de la société allemande et renonce dés lors à toute référence marxiste dans son programme.

- En 1960, le SPD accepte l'intégration de la RFA à l'ouest et adhère à l'économie de marché et à la propriété privée. Ce consensus autour de l'économie sociale de marché tient bien évidemment à l'influence des États-Unis et aux contexte particulier de la Guerre Froide (l'Allemagne étant au cœur de celle-ci) mais surtout à la réussite économique du pays (le fameux « miracle allemand » des 30 Glorieuses).

- Le syndicalisme ouest-allemand est puissant. Le DGB (confédération allemande des syndicats créée en 1949) dispose d'importants moyens financiers et compte près de 7 millions de membres en 1970. Résolument réformiste, il défend l'idée d'une cogestion qui accorde aux salariés un droit de regard sur les décisions de l'entreprise (en leur accordant par exemple des sièges dans les conseils d'administration) et en favorisant la conciliation. Ce système est institué par la loi d'octobre 1952.


 

II – Des mouvements de gauche puissants et influents mais de plus en plus contestés (début des années 1970 – 1990)


 

1. Le SPD en RFA : de l'arrivée au pouvoir à "l’usure du pouvoir".


 

- le SPD est au pouvoir pendant les années 1970 : Willy Brandt est chancelier de 1969 à 1974 ; Helmut Schmidt lui succède jusqu’en 1982.

- D'importantes réformes sont entreprises dans l'esprit de la sociale démocratie : extension de la cogestion et des droits des travailleurs dans les entreprises, renforcement des aides publiques et de la protection sociale, libéralisation des mœurs (droit de vote abaissé à 18 ans en 1972, loi sur l'avortement en 1974)...

- Pendant la période de crise économique (1973-1982), H. Schmidt cherche à combattre les effets de la crise tout en préservant les acquis sociaux.

- En terme de politique internationale, Willy Brandt initie le rapprochement avec la RDA (Ostpolitik) qui débouche sur la signature du « traité fondamental de reconnaissance mutuelle » entre la RFA et la RDA en décembre 1972. La RDA intègre alors l'ONU et la RFA n'est plus la seule représentante de l'Allemagne au niveau international.

- Toutefois le SPD doit affronter la montée de différentes formes de contestation : menace terroriste de la Fraction Armée Rouge (RAF) dont l’objectif est de détruire le système capitaliste du pays (cf enlèvement et assassinat de Hanns-Martin Schleyer, président du patronat, en 1977) ; apparition du parti écologiste « Die Grünen » au milieu des années 1970 (il entre au gouvernement dés 1979).

- Vieillissant, le SPD perd le pouvoir en 1982 au profit d'une coalition formée entre la CDU et les libéraux (Helmut Kohl devient chancelier)


 

2. Crise et contestations en RDA : vers la fin de la SED.


 

- La réalité de la société est-allemande est loin de l'idéal défini par le parti. Les inégalités se développent : les ouvriers sont obligés de se ravitailler dans les magasins d’États (mal et peu achalandés) alors que les cadres du parti bénéficient de nombreux avantages (scolarisation, accès aux biens de consommation occidentaux...).

- Le niveau de vie, bien qu'en augmentation dans les années 1970 et au-dessus de celui des autres Démocraties Populaires, reste largement inférieur à celui de la RFA. A partir des années 1980, le pays s'enfonce dans la crise économique.

- A partir de 1986, la "perestroïka" de M. Gorbatchev (à laquelle le gouvernement de la RDA s'oppose) alimente l'opposition de l’Église, des intellectuels et des ouvriers.

- Dans ce contexte, la contestation contre le régime prend de l’ampleur, comme on peut le voir avec les « manifestations du lundi » à Leipzig (entre octobre et novembre 1989) qui réunissent des milliers de personnes réclamant liberté et démocratie.

- Les manifestations pacifiques se diffusent dans toute l'Allemagne jusqu'au 9 novembre et la chute du mur.


 

III – La gauche allemande depuis la réunification (1990 – aujourd’hui)


 

1. La réunification (3 octobre 1990) bouleverse la vie politique et la gauche allemande

 

- En RDA, dés la chute du mur, des élections libres sont organisées. La SED perd son statu de parti unique et devient le PDS (parti du socialisme démocratique). Le syndicat unique, la FDGB, s'auto-dissout.

- Le SPD (et le syndicat DGB) et les autres partis ouest-allemand (CDU...) s'implantent dans l'ex-RDA.

-L'Allemagne est réunifiée le 3 octobre 1990 (Berlin redevient la capitale). Lors des premières élections régionales dans les nouveaux Länder de l'est, la CDU s'impose. Helmut Khol devient le 1er chancelier de l'Allemagne réunifiée suite aux élections législatives de décembre 1990


 

2. L’échec de la "3ème voie" de Gerhardt Schröder.


 

- Le SPD ne revient au pouvoir qu'en 1998 avec Gerhardt Schröder dans le cadre d'une coalition avec les Verts (die Grünen).

- Les réformes libérales menées dans le cadre de « l'agenda 2010 » par G. Schröder (libéralisation du marché du travail - réforme Hartz - , réforme des retraites, diminution des dépenses de l’État...) suscitent de fortes oppositions au sein du SPD, de la part des syndicats et entraînent d’importants mouvements sociaux.

- Schröder quitte la chancellerie en 2005 mais le SPD reste au pouvoir au sein d’une grande coalition menée par Angela Merkel (CDU)

- Le SPD réaffirme ses positions centristes (libérales) mais cette stratégie mène le parti à un défaite électorale historique en 2009 (il perd plus d'un tiers de ses élus).


 

3. Le renouveau du paysage politique et syndicale allemand.


 

- Un nouveau parti, die Linke ("la gauche"), composé des déçus du SPD, du PDS et des communistes de l'ex-RDA, voit le jour en 2007. Il développe un discours anti-libéral.

- Par ailleurs, même si le niveau de syndicalisation est en baisse dans les années 1990, il reste supérieur à celui des pays voisins (environ 30% de taux de syndicalisation contre 9% en France) et de nombreuses grèves sont menés entre 2005 et 2009.

- Depuis les élections de 2013, le SPD participe à nouveau à une grande coalition avec la CDU/CSU d'Angela Merkel et obtient des portefeuilles ministériels ainsi que l'introduction d'une salaire minimum en Allemagne.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

Au lendemain de sa victoire sur la France et de la fondation de l’Empire (le Reich), l’Allemagne s’affirme comme une . La classe ouvrière y prend de l’importance. Né en 1875, le parti des travailleurs s’organise en un  : le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD).

Comment ce mouvement s’est-il inscrit dans l’histoire de l’Allemagne jusqu’en 1939 ? Et en quoi son effacement à partir de 1933 témoigne-t-il d’un échec ?

Nous répondrons à ces questions en analysant les  : son développement entre 1875 et 1910, sa gestion de la guerre et des affaires entre 1910 et 1929, puis son anéantissement par les nazis durant les années 1930.

I. 1875-1910, l’essor réussi d’une idéologie nouvelle

1. Congrès de Gotha : la naissance d’un mouvement ouvrier structuré

  • En 1875, l’Association des travailleurs allemands et le Parti ouvrier social-démocrate s’unissent pour former le .
  • Le parti revendique un programme d’inspiration  : établissement de sociétés ouvrières de production avec l’aide de l’État, droit de grève, réduction du temps de travail, protection de la santé.

2. Le développement d’un parti et d’un syndicalisme puissants

  • S’appuyant sur des associations sportives ou culturelles et sur une presse bien implantée, le parti voit ses effectifs croître rapidement. En 1910, un électeur allemand sur trois vote SPD.
  • Un efficace se met en place. En 1892, il se rassemble au sein de la puissante Confédération générale des syndicats allemands (). L’association crée des bibliothèques, des dispensaires ou encore des centres aérés qui améliorent la vie des ouvriers.
  • Le chancelier tente de contenir le mouvement. Par de 1878, il fait interdire les associations sociales-démocrates tout en créant des assurances sociales – ne faisant ainsi que justifier les revendications ouvrières.

3. Des débats internes : entre pragmatisme politique et pureté idéologique

  • Alors que son succès lui ouvre les portes du pouvoir, le SPD est secoué par un débat soulevé par . Celui-ci propose une voie consistant à accepter le parlementarisme pour faire voter des réformes en faveur des ouvriers.
  • Fidèle à la tradition marxiste, refuse l’alliance avec les partis bourgeois et préconise l’action révolutionnaire.
  • En 1912, malgré ses divisions internes, le SPD devient le premier parti du pays avec près de 35 % des voix. Il reste malgré tout dans l’opposition.

De 1875 à 1910, le socialisme allemand est un mouvement en pleine ascension. L’union sacrée face au conflit mondial de 1914 puis la gestion des affaires l’ont-elles affaibli ?

II. 1910-1930, le socialisme à l’épreuve de la guerre et du pouvoir

1. Pour ou contre la guerre

  • Dès le début de la Grande Guerre, deux positions opposées s’affrontent au sein du SPD : d’un côté, les révisionnistes qui  ; de l’autre, les révolutionnaires qui restent fidèles à et refusent la guerre.
  • En janvier 1916, Rosa Luxemburg dénonce la trahison du SPD et appelle à la révolution prolétarienne contre . Ses partisans se rassemblent dans le mouvement qui prend le nom de Parti communiste d’Allemagne () en décembre 1918.

2. Le SPD au pouvoir

  • Le SPD accède au pouvoir dans le cadre de la défaite allemande de novembre 1918. Issu de ses rangs, devient le premier président de .
  • Parti de gouvernement, le SPD fait voter des réformes d’inspiration socialiste comme les nationalisations de certains secteurs industriels et le droit de vote des femmes.
  • Sur le modèle de la révolution bolchevique, les communistes tentent de prendre le pouvoir. La répression est sanglante, Rosa Luxemburg est assassinée en janvier 1919.

3. La gauche face à la crise de 1929

  • Entre 1920 et 1929, le SPD parvient à faire voter de nouvelles réformes. Malgré les difficultés traversées par le pays, le parti reste puissant, recueillant 25 à 30 % des suffrages entre 1923 et 1928.
  • Mais la crise de 1929 l’affaiblit et profite davantage au KPD. Surtout, grand bénéficiaire de cette crise, le mouvement nazi prend des voix aux partis de gauche et devient menaçant.
  • Le KPD et le SPD dénoncent le nazisme, ses méthodes, son programme ; mais ils n’unissent pas leurs efforts contre l’ennemi commun.

Parti républicain, le SPD a géré au mieux de ses moyens une période difficile, mais il ne peut rien contre la crise économique et la montée du nazisme. Peut-il survivre alors face au régime hitlérien ?

III. 1931-1939, le socialisme anéanti par le totalitarisme nazi

1. L’échec socialiste face aux nazis

  • La division fait le jeu d’Adolf Hitler. La gauche ne peut empêcher sa nomination à la Chancellerie en janvier 1933.
  • Hitler élimine le KPD qu’il rend responsable de . Le parti est interdit, ses militants arrêtés et internés dans des camps ().
  • L’instauration d’un système de parti unique permet ensuite d’éliminer le SPD et de fondre les syndicats dans les organisations de masse du nouveau régime.

2. Entre clandestinité et exil

  • Réduits à la clandestinité, des militants organisent la résistance au péril de leur liberté et de leur vie, comme Wilhem Frantz et Martin Stiebel.
  • Beaucoup prennent le chemin de l’exil pour continuer la lutte depuis l’étranger, comme ou encore réfugié à Paris en 1933 puis à Moscou en 1938.

Conclusion

Entre 1875 et 1939 le socialisme a été un économique et sociale de l’Allemagne. Mais face à la défaite de 1918 et aux crises, il n’a pas su trouver les moyens de préserver son œuvre. Acteur important de l’histoire allemande, il a payé le prix fort de ses commises pendant l’entre-deux-guerres.

lui donnera la victoire en 1945 des Alliés et de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) ?

Info

Référence à la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Info

Par opposition au socialisme utopique, le marxisme se présente comme un socialisme « scientifique ».

Info

Une mutuelle est une association d’assurance sociale (maladie, chômage, etc.) à but non lucratif et financée par les cotisations de ses adhérents.

Info

L’internationalisme est un mouvement né au e siècle qui rassemble les partis et syndicats socialistes de toute l’Europe contre les capitalistes.

Info

Futurs dirigeants respectivement de la République fédérale d’Allemagne (RFA) et de la République démocratique allemande (RDA).

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